Busua, à Travers Leurs Yeux
Busua, à Travers Leurs Yeux
Victoria Dadzie-14
Vanessa Turkson-16
Portia Awortwi-15
Christiana Ocran-16
Mavis Ansah-15
La mer à Busua a son propre tempérament. Parfois vive et agitée, parfois longue, se déployant doucement sur le sable où nous passions nos après-midi. C’est ici qu’un groupe de jeunes filles a tenu un appareil photo pour la première fois.
Des appareils photo jetables, transportés légèrement sous un ciel clair, les suivaient tout au long de la journée à la plage, dans les rues et dans les coins des maisons.
Mal à l’aise, étourdies, hésitantes au départ, elles ont progressivement acquis une confiance en elles, acquise en choisissant qui et quoi photographier : un père près de son canoë, un groupe d’amis en skateboard, un pêcheur familier réparant ses filets. Les filles ont travaillé avec les photographes chevronnés Daniel Nana Kwame Sekyi Attah et Kelvin Kafui Kojo Kwawukume, qui les ont accompagnées et ont fait d’elles des photographes du jour. Consciemment ou non, les filles ont porté avec force ce nouveau rôle qui leur était confié : la responsabilité de façonner le portrait d’une ville dont l’histoire a été impitoyablement vantée par tous, sauf la leur.
Dès le départ, il était évident que pour décrire leur petite ville, les filles avaient besoin d’un vocabulaire finement adapté aux métaphores de leur vécu. Elles ont opté pour le familier : leurs amies, les amies de leurs amies, le père de Victoria, elles-mêmes, et encore d’autres amies. Un ingrédient secret qui allait caractériser cette remarquable collection d’images.

Le passage instantané à l’image de créateurs et de gardiens de sujets qui leur appartenaient, bien avant qu’aucun objectif ne le confirme, nous a permis d’assister à un moment inoubliable. Les images ont commencé à se former au gré des gestes guidés de pointage, de décision et de composition, avant même d’être développées, emmagasinées dans l’air de Busua.
Des semaines plus tard, à Accra, Yussif Aljabaar conduisit les filles dans une chambre noire pour la première fois. L’odeur chimique, les jeunes mains penchées sur les plateaux, la patience d’attendre que le film se transforme en image. Et dans cette attente, une autre expérience se développa : des photogrammes, réalisés en pressant des feuilles, des fleurs et du papier à lettres épars sur du papier. Les contours s’épanouissaient sous la lumière, comme si les filles apportaient des morceaux de Busua dans le laboratoire, en disant : « Ceci aussi est à nous, et il peut voyager avec nous. »
Cette exposition permet aux jeunes filles de regarder leur monde et de lui donner de l’importance. Elle proclame une vérité simple mais durable : Busua a sa place dans les archives parce que ses filles l’y ont placé.
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